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CRISE SANITAIRE ET RÉDUCTION DES DÉCHETS, UN NOUVEAU DÉFI

Nous venons de vivre un épisode inédit et inquiétant de notre Histoire. Que cette crise du Covid 19 soit liée ou non aux problèmes environnementaux - et il semblerait bien qu’elle y soit – son impact sur une production accrue de déchets est indiscutable.

Nous nous proposons donc de faire le point sur ces nouvelles sources de pollution et sur notre utilisation parfois compulsive, dictée par la peur, de certains matériaux, objets, produits difficilement recyclables. Essayons donc, malgré nos inquiétudes, de retrouver des gestes vertueux.

CONSTAT

Le plastique revient en force :

L’utilisation de gants jetables, de plaques en Plexiglas, de suremballages des produits, de flacons de gel hydro-alcoolique (qui a connu un doublement de la production), de visières de protection a fait bondir la production de plastique.

Les entreprises productrices de plastique tentent de réhabiliter l’image du plastique, mettant en avant son utilité indispensable. Elles espèrent donc surfer sur la vague et augmenter leurs capacités de production, particulièrement pour les plastiques à usage unique. Elles ont demandé le report de la directive européenne de 2020 - 2021 qui interdit certains objets en plastique jetable. La Commission Européenne a rejeté cette requête.

Il faut savoir que le plastique est une surface sur laquelle le virus peut rester stable pendant plusieurs jours.

"Le plastique à usage unique, pour les besoins sanitaires et médicaux, est évidemment nécessaire. Néanmoins, il ne faut pas se servir de la crise sanitaire pour reculer sur la nécessité de réduire la production de plastique à usage unique non-essentielle", souligne David Sussmann, qui a fait de la préservation des océans "son combat" (Président de Pure Océan, fondation qui soutient des projets innovants contribuant à la protection des écosystèmes marins fragiles et la biodiversité).

De nouveaux déchets difficilement recyclables :

L’utilisation de masques, gants jetables, suremballages, lingettes, blouses de protection, mouchoirs à usage unique est fortement génératrice de déchets.

Les masques chirurgicaux sont fabriqués avec des non tissés polypropylènes. Ces textiles issus du pétrole ont des capacités de filtration intéressantes mais ils ne se recyclent pas.

Faut-il envisager une filière réservée à ces masques et gants jetables (potentiellement contaminés) qui devraient être impérativement ramassés et traités afin de limiter le risque sanitaire et l’impact environnemental, se demande la paléo-climatologue Valérie Masson-Delmotte ?

En effet, ces masques et ces gants ont vite été abandonnés par certaines personnes sur la voie publique, dans les champs, dans les forêts, au bord des routes… Des ONG ont retrouvé des masques dès le 28 février sur des îles inhabitées et isolées (Iles Soko). Il suffit de huit semaines pour qu’un nouvel objet créé se retrouve dans l’environnement.

Et la suite est bien connue : abandonnés dans l’environnement, ils vont se transformer peu à peu en microparticules que l’on retrouvera partout, dans nos assiettes, dans l’eau et ils mettront des centaines d’années à se dégrader.

Le PMMA (le PolyMéthyl MethAcrylate) appelé couramment Plexiglas lui, ne se recycle pas entièrement et contient des produits nocifs pour l’environnement. Seuls 10% de la production européenne de Plexiglas sont recyclés. La majeure partie du flux des déchets concernant les produits PMMA en fin de vie sont soit exportés, soit enfouis ou incinérés. Mais un projet européen pour le développement d’un procédé de recyclage du Plexiglas est en cours.

Le gros problème posé par les lingettes : elles ne se désagrègent pas assez vite dans l’eau (même les biodégradables). Ces lingettes que certains jettent dans les toilettes bouchent les tuyaux des réseaux d’assainissement, perturbent le bon fonctionnement des stations d’épuration et ce problème nécessite de nombreuses interventions. Cela peut causer des dommages sur les installations, avoir un impact sur la qualité de l’eau et entraîner des surcoûts pour le prix de l’eau.

Le WWF souligne que les lingettes créent 20 fois plus de déchets que le nettoyage classique. Elles doivent donc être jetées dans la poubelle ménagère mais si nous voulons réduire les déchets, évitons d’utiliser des lingettes du commerce…

BON À SAVOIR :

La quantité de déchets a explosé et le recyclage a reculé :

Pendant la pandémie, 42 à 45% des centres de tri français ont fermé, ainsi que 99% des déchetteries. Certaines communes ont stocké les déchets recyclables, d’autres les ont mélangés aux déchets ménagers pour les enfouir ou les incinérer. On observe également une recrudescence des dépôts d’ordures sauvages. (Source JDD)

Les déchets hospitaliers (qui contiennent bien souvent du plastique) ont explosé : Véolia constate une augmentation de 50 % des volumes et tonnages. Ces déchets sont incinérés mais il faut savoir que cette incinération émet des dioxines et des particules très toxiques.

QUELQUES CHIFFRES :

Avec la crise du Covid 19, la production de plastique a augmenté de 30% (source : Emmanuel Guichard, délégué général d’Elipso, regroupement les producteurs d’emballage).

  • Chaque seconde, 250 kilos de plastique finissent dans les océans.

  • Un masque chirurgical en propylène mettra 450 à 500 ans pour se dégrader.

  • On estime qu’environ 100 milliards de paires de gants sont jetées chaque année.

  • La production d’emballages alimentaires a augmenté de 20% en seulement un mois.

DES SOLUTIONS

  • Réduisons le suremballage en choisissant le vrac. Les fruits et légumes peuvent être facilement lavés. Ne pas utiliser de produits toxiques (eau de javel…) pour les laver.

  • Privilégions les masques alternatifs en tissu, souvent fabriqués avec des chutes de tissu, c’est une bonne façon de recycler !

  • Pendant la pandémie, les masques chirurgicaux, gants jetables et mouchoirs en papier doivent être mis pendant 24h dans un sac plastique fermé afin de limiter les risques de contamination, puis le sac sera jeté dans la poubelle ménagère.

  • Limitons l’utilisation des gants jetables. Les gants en latex naturel ont été remplacés le plus souvent par des gants en vinyle (polychlorure). Un bon lavage des mains après les courses peut suffire. Les infectiologues pensent que le port des gants est une fausse sécurité. Porter des gants, c’est risquer de transporter le virus avec soi, de contaminer d’autres objets, voire de se contaminer soi-même et c’est un déchet de plus pour l’environnement.

  • Préférons le lavage des mains avec de l’eau et du savon. N’utiliser le gel hydro-alcoolique que lorsque le lavage des mains est impossible.

Pour information, le gel hydro-alcoolique ne lave pas, il désinfecte. Il dessèche la peau et la présence d’alcool peut provoquer des irritations. L’alcool peut aussi réduire les moyens de défense de la surface de la peau en amenuisant la flore cutanée. Le parfum de ces gels peut contenir des allergènes.

A utiliser avec modération pour les enfants et déconseillé pour les plus petits qui portent souvent les mains à leur bouche. Attention également aux risques d’ingestion.


Le flacon de gel hydro-alcoolique doit comporter la mention CE, garantie d’un dispositif médical qui respecte les normes d’efficacité bactéricide, fongicide, et d’efficacité vis-à- vis des virus. La norme NF EN 14476 garantit également un produit de qualité.

  • Limitons l’usage de désinfectants virucides comme l’eau de javel qui est nocive, irritante et polluante pour l’environnement. Si nous l’avions interrompue, reprenons l’utilisation de nos produits écologiques ou faits maison. Le vinaigre blanc n’est pas considéré comme un produit virucide.

  • Fabriquons nos lingettes maison recyclables : Mélangez dans un saladier 3 c à soupe de vinaigre blanc + 1 c à soupe de savon noir + 5 gouttes d’huile essentielle de citron + 2 tasses d’eau chaude. Laisser imbiber pendant une heure 20 carrés (10x10) découpés dans des vieux torchons dans le saladier. Essorer légèrement vos lingettes et gardez-les dans une boîte hermétique. Prix de revient : 20 centimes (Recette Femme Actuelle)

  • Limitons la surconsommation : stocker des denrées en grande quantité produit des ruptures de stock dans les magasins et certains produits achetés risquent de se périmer et de finir à la poubelle.

  • Cultivons un potager bio, c’est la saison, quand on en a la possibilité reste la meilleure solution (zéro déchet, zéro pesticides, bilan carbone zéro, plaisir de cultiver et de savourer !).


DES INITIATIVES QUI VONT DANS LE BON SENS :

Un consortium grenoblois interdisciplinaire constitué de médecins, scientifiques et d'industriels, mis en place par le CNRS (Centre national de recherche scientifique) et le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) travaille au recyclage des masques chirurgicaux et FFP2 des soignants en les décontaminant de façon à pouvoir les réutiliser.

Dans le Vaucluse, la société Everest Isolation, spécialisée dans l’isolation des combles depuis 20 ans a décidé de multiplier les mesures sur le plan sanitaire, et de se doter notamment de masques en fibres naturelles bio-compostables validés par la Direction Générale des Armées (DGA). Protéger les salariés sans générer trop de déchets, c’est donc possible… Ces masques peuvent donc être compostés.

Un projet européen de recyclage des déchets de PMMA (Plexiglas) pour les convertir en matières premières est en cours. Le consortium MMAtwo a pour objectifs de développer un procédé nouveau et innovant de recyclage par dépolymérisation de ces déchets et de permettre la création d’une première unité commerciale à l’issue du projet en 2022. (Source : Innovatech / Arkema)


POUR CONCLURE :

Laura Châtel, de Zero Waste France : « Après, tout va dépendre de la réaction collective. S'il y a un rejet dans la population de tous ces produits qui s'accumulent, nous aurons de plus en plus de réglementation contraignante. Si nous basculons sur un mode où le tout-jetable devient la nouvelle norme, nous prendrons du retard. »

Essayons donc de tirer des enseignements de cette crise sanitaire. Encourageons les entreprises qui fabriquent des produits plus respectueux pour l’environnement.

En tant que consommateur, nous avons le pouvoir ! Les industriels et les distributeurs doivent tenir compte de nos attentes s’ils veulent vendre.


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